janvier 17

Pourquoi - ****


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : du 18/01/2017 au 02/04/2017, 20h ou 21h30

avec :

Michaël Hirsch, fils spirituel de Devos, nous entraîne dans un univers de questionnement, à la limite de l’absurde, sur la jeunesse et la vieillesse, avec une remarquable poésie et finesse d’esprit.

Un adolescent, aimant les jeux, nous déclare « Lassé des bas, je vis des hauts ». Un artiste qui s’est beaucoup tourné les pouces, ne veut pas remettre à demain ce qu’il peut créer aujourd’hui avec deux mains. Un amant s’insurge contre une « femme qui rit à moitié dans son lit » et recherche l’autre moitié. Un vieil homme, chef des « homo ça pionce » nous raconte sa vie « à l’horizontal », alitée et militante dans un monde qui ne tient pas debout.

Et lui-même, militant pour l’optimisme, la tendresse et pour faire changer le monde, en voulant « poëter plus haut que son cul » nous livre un poème « à mille pattes ». Une heure un quart de régale absolu.

janvier 9

Polyeucte - ***


« La vertu la plus ferme évite les hasards ;

Qui s’expose au péril veut bien trouver sa perte »

En Arménie, dans l’empire romain du IIIème siècle, Pauline, fille de Félix, gouverneur romain de la ville, a épousé Polyeucte croyant Sévère, son ancien fiancé mort à la guerre. Seulement, ce dernier revient trois jours après le mariage de Pauline, convaincu que celle-ci l’a attendu, et ravive par sa présence le feu de son amour qu’elle pensait éteint.

« Qui chérit son erreur ne la veut pas connaître. »

Heureux en ménage, et alors que les Chrétiens sont persécutés par l’empereur Decius, persuadé par son ami Néarque, Polyeucte décide de se convertir au christianisme, de rompre toute attache au monde matériel et de mourir en martyr au grand damne de tout son entourage et de Néarque lui-même.

« Je regarde sa faute, et ne vois plus son rang.

Quand le crime d’État se mêle au sacrilège,

Le sang ni l’amitié n’ont plus de privilège. »

Mais après un esclandre de Polyeucte et Néarque dans le temple romain de la ville, prêt à tout pour garder sa place de gouverneur, Félix fait exécuter Néarque et condamne à mort Polyeucte s’il ne renonce pas à sa nouvelle religion.

Dans une mise en scène contemporaine en costumes modernes, dynamique, crue et épurée (deux murs mobiles délimitent les lieux au gré des scènes), on assiste à un « dilemme cornélien » entre désirs charnels et passion religieuse, ambition et honneur, désirs d’excès et vertu. Déjà en 1641, Corneille tentait d’approcher le gouffre de l’extrémisme religieux dans cette tragédie où « quelques jeunes gens sont prêts à mourir et commettre des actes effrayant au nom de leur religion »…

Une pièce à l’angoissante résonnance dans l’ambiance actuelle !

janvier 3

Le Portrait de Dorian Gray - ****


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : du 21/01/2017 au 19/03/2017, selon les dates 17h, 18h, 20h30, 21h

avec : , , , , , , ,

Oscar Wild disait des trois personnages de son unique roman “Le portrait de Dorian Gray” :

« Ce roman d’étrange apparence […] contient beaucoup de moi-même. Basil Hallward est ce que je crois être ; Lord Henry, ce que le monde me croit ; Dorian ce que je voudrais être – en d’autres temps, peut-être »

Quand, Basil Hallward, peintre de renom tombe en extase devant son futur modèle, Dorian Gray

Quand ce même Dorian Gray, jeune adolescent rêve d’une éternelle jeunesse et est tiraillé entre la bienséance et les plaisirs interdits ou réprouvés de la vie…

Quand, Lord Henry, leur ami commun « à la réputation sulfureuse » a des faux airs de Méphistophélès et plaide l’hédonisme – si ce n’est la débauche – sur un ton cynique et cruel, et que Dorian l’écoute avec passion…

Quand Basil peint un portrait de Dorian en y mettant, au-delà de son talent, son amour platonique et que Dorian jure qu’il vendrait son âme au Diable pour que ce fût le portrait qui vieillisse à sa place…

Il est logique qu’il soit exhaussé, que son portrait prenne les traits de la vieillesse et les stigmates de sa dépravation, et qu’ainsi il puisse se livrer à une vie de débauche tout en gardant une éternelle jeunesse.

Thomas Le Douarec (qui signe également la mise en scène et l’adaptation du roman) incarne à la perfection, et avec un plaisir non dissimulé, Lord Henry, ce dandy cynique qui prend un malin plaisir à corrompre par ses maximes tous les esprits qu’il croise. Arnaud Denis, par son élégance et son apparente droiture, pousse Dorian Gray dans les retranchements de ses incertitudes angoissées, de sa conviction d’être supérieur et de sa nervosité qui croit à la vitesse de ses tentations assouvies.

La mise en scène particulièrement dynamique et les changements de décors s’intègrent dans la narration (et en particulier, la conversation entre Lord Henry et Basil qui font passer l’histoire « vingt en plus tard » tout en se maquillant).

Une adaptation drôle et dynamique!

janvier 2

Ce que le djazz fait à ma djambe - ***


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : du 06/01/2017 au 04/02/2017, 17h ou 20h30

avec : ,

Jacques Gamblin, entouré d’un orchestre de jazz et d’un DJ, nous entraîne dans une histoire d’amour et de désir. Histoire vibrante et résonnante, toujours bercée par le rythme de l’orchestre.

Après nous avoir conté comment il n’a jamais réussi à apprendre un instrument, comment il aurait pourtant bien voulu pour draguer les filles, il laisse une place à cette femme qu’il n’ose aborder et dont on suit la trace poétique Jacques Gamblin nous livre une grande partition, alternant instants purement musicaux (composés par Laurent de Wilde au piano) et textes mi slammés mi déclamés, toujours avec drôlerie.

décembre 21

Répétition - ***


de :

mise en scène :

lieu : ,

horaires : 21 et 22 décembre 2016, à 20h30

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Dans un gymnase, pendant une répétition, une troupe de théâtre – constituée de deux comédiennes, un auteur et un metteur en scène – rompt ses liens d’amitié, de travail, de passé commun, suite à un regard de trop… Ainsi suit-on quatre monologues dévastateurs, d’Audrey (Bonnet), Emmanuelle (Béart), Denys (Podalydès) et Stanislas (Nordey) jonglant avec les mots, les phrases, obsédés par la parole jusqu’à l’épuisement… Il est question à travers un texte implacable, sombre et rempli d’abimes d’illusions, de non-dits, d’habitudes, de lassitude, d’apparences, de désirs, de cynisme, de réalité, de fiction, de lutte créatrice, d’idéaux déchus, de fantasmes, du renoncement jusqu’à l’effondrement de ce groupe d’amis qui ont voyagé longtemps ensemble avec un projet commun. Texte cru, d’une justesse « horrible » (comme j’ai entendu dans la salle), provocateur et faisant souvent mouche dans son analyse, porté par des comédiens de talent, il ne sera pas à mettre entre toutes les oreilles.

décembre 20

Le Bizarre Incident du Chien pendant la Nuit - ***


Christopher, 15 ans, atteint d’une forme d’autisme, est un génie en mathématiques. Pour lui tout est logique et algorithmique. Il peut résoudre des problèmes très complexes mais ne parvient pas à communiquer avec les autres : à part avec son institutrice Siobhan qui l’aide de son mieux à affronter le monde. Lorsqu’un soir le chien de la voisine est retrouvé une fourche plantée dans le ventre, il décide de mener l’enquête, ce qui le mènera à retrouver les traces de sa mère, à se réconcilier avec son père et à sortir de sa rue pour la première fois de sa vie…

Philippe Adrien met en scène avec finesse cet adolescent touchant et intrigué par le monde, dans un décor minimaliste, murs sur roulettes, donnant toute sa place à l’imaginaire et montrant que l’on peut voir le monde autrement. Grand coup de chapeau à Pierre Lefebvre qui incarne merveilleusement, pendant près de 2h30, ce garçon à la recherche du monde, dans toute sa naïveté, sa drôlerie, ses angoisses et ses interrogations.

décembre 10

Le Comte de Monte-Cristo - ***


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : jusqu'au 29/01/2017, 17h30 ou 20h

avec : , ,

Vingt-trois ans après, Edmond Dantès revient au château d’If où il fut enfermé pendant treize ans, pour une lettre que son capitaine lui avait chargé de remettre à un conspirateur bonapartiste. Il nous raconte son enferment et sa relation avec le détenu de la cellule voisine, l’abbé Faria, un érudit qui lui apprendra tout et lui lèguera l’emplacement d’un trésor sur l’île de Monte Christo. Ce trésor lui permettra ainsi d’engager, sous les traits du comte de Monte Christo, une vengeance contre tous ceux qui l’ont accusé ou qui ont profité de sa déchéance : de Fernand, son rivale amoureux qui le dénonça, à Mercedes son amante qu’il devait épouser.

Dans une mise en scène sombre, tirant parfaitement profit des voûtes de la salle du théâtre Essaïon, trois comédiens énergiques, endossant tour à tour le rôle du comte, nous entraînent dans une aventure épisodique et épique où se mêlent passé et présent. Une belle adaptation rythmée !

décembre 2

Les Faux British - **


Les membres d’un cercle littéraire amateurs de romans noirs décident, pour leur réunion annuelle, de monter une pièce dont ils attribuent la parenté (d’après une source très mystérieuse) à Conan Doyle. Récemment traduite par l’un d’entre eux, cette enquête policière qu’ils jugent digne des meilleurs Sherlock Holmes se résume ainsi : « Alors qu’il s’apprête à se fiancer, Charles Aversham est retrouvé mort dans la chambre de son manoir. Toutes les personnes présentes deviennent alors des suspects potentiels. Un inspecteur de police local est dès lors appelé pour mener l’enquête, assisté du majordome de la maison ».

Après cette brève introduction par le président du cercle, la représentation commence. Seulement voilà, du décor (réalisé bénévolement par le menuisier du village pendant les heures de travail de ces autres chantiers) aux comédiens (membres du cercle n’ayant jamais fait de théâtre), tout n’est qu’amateurisme, maladresses et catastrophes. Le décor tombe en morceaux et les comédiens ne savent ni leur texte ni leur enchainement, tournant parfois en boucle pour chercher la réplique suivante.

Dans cette comédie loufoque et déjantée, on va de rire en rire au fur et à mesure des entrées et sorties ratés, des accessoires manquants et substitués, des prononciations et accents malheureux, des portes qui ne s’ouvrent pas et des répliques qui ne viennent pas au bon moment. L’ensemble est rehaussé par un Michel Crémadès, magnifique en metteur en scène exaspéré pour l’accumulation des erreurs de ses comparses.

Un grand moment de drôlerie, magnifiquement interprété par des comédiens de talent !

novembre 20

Pyrénées ou Le Voyage de l’été 1843 - ****


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : jusqu'au 08/01/2017, 16h ou 18h30

Voir sur : site du théatre

avec :

Eté 1843. Victor Hugo a 41 ans et comme tous les ans, il voyage. Cette année-là, il part soigner ses rhumatismes dans les Thermes de Cauterets dans les Pyrénées. C’est l’occasion pour lui d’effectuer un périple qui le mènera jusqu’en Espagne. Mais c’est aussi l’occasion, Hugo oblige, d’écrire un carnet de voyage.

« Vous qui ne voyagez jamais autrement que par l’es¬prit, allant de livre en livre, de pensée en pensée, et jamais de pays en pays, vous qui passez, tous vos étés à l’ombre des mêmes arbres et tous vos hivers au coin de la même cheminée, vous voulez, dès que je quitte Paris, que je vous dise, moi vagabond, à vous solitaire, tout ce que j’ai fait et tout ce que j’ai vu. Soit. J’obéis. »

« Ce que j’ai fait depuis avant-hier 18 juillet? Cent cinq lieues en trente-six heures. Ce que j’ai vu? J’ai vu Étampes, Orléans, Blois, Tours, Poitiers et Angoulême.

En voulez-vous davantage? Vous faut-il des descriptions? Voulez-vous savoir ce que c’est que ces villes, sous quels aspects elles me sont apparues, quel butin d’histoire, d’art et de poésie j’y ai recueilli chemin faisant, tout ce que j’ai vu enfin? Soit. J’obéis encore.

Élampes, c’est une grosse tour entrevue à droite dans le crépuscule au-dessus des toits d’une longue rue […] Orléans, c’est une chandelle sur une table ronde dans une salle basse où une fille pâle vous sert un bouillon maigre. Blois, c’est un pont à gauche avec un obélisque pompadour […] Tours, c’est encore un pont, une grande rue large, et un cadran qui marque neuf heures du matin. Poitiers, c’est une soupe grasse, un canard aux navets, une matelote d’anguilles, un poulet rôti, une sole frite, des haricots verts, une salade et des fraises. Angoulême, c’est une lanterne éclairée au gaz avec une muraille portant cette inscription: CAFE DE LA MARINE […]

Voilà ce que c’est que la France quand on la voit en malle-poste. Que sera-ce lorsqu’on la verra en chemin de fer ? »

Dans un langage châtié, précis, spontané et empli d’un humour caustique, il nous emporte dans ses pérégrinations, ses promenades à pied ou à cheval, ses souvenirs d’enfance et son émerveillement pour la nature.

« Je suis en Espagne. J’y ai un pied du moins. Ceci est un pays de poètes et de contrebandiers. La nature est magnifique ; sauvage comme il la faut aux rêveurs, âpre comme il la faut aux voleurs. Une montagne au milieu de la mer. La trace des bombes sur toutes les maisons, la trace des tempêtes sur tous les rochers, la trace des puces sur toutes les chemises ; voilà Saint-Sébastien. ».

Quelques lettres à sa femme, à Léopoldine et à ses enfants ou à son éditeur viennent compléter le panel de son récit journalier.

Seul en scène, Julien Rochefort, redingote, diction parfaite, dandy voyageur, incarne Hugo. Il manie avec intelligence et délicatesse, les mots du Maître, son humour et ses impressions. Dans le jeu de lumière subtile de la mise en scène de Sylvie Blotnikas (également adaptatrice du texte), on verrait presque les paysages apparaitre et les impressions d’Hugo nous envahir pour un moment de gaieté dont seule l’issue nous rappelle à la dure réalité de la vie.

Une adaptation grandiose et magistralement interprétée !

novembre 16

La Panne - ****


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mise en scène :

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horaires : jusqu'au 19/12/2016, à 19h30

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Une table avec un verre de vin renversé, quelques papiers et une cravate dénouée au sol, un costume à queue de pie accroché forment le décor. Une violoncelliste entame une musique grave et angoissante…Un homme entre et commence le récit…

Alfredo Traps, représentant de commerce, tombe en panne dans une petite ville, où, à cause d’une foire au bétail, tous les hotels sont pleins. Cependant, on lui indique l’adresse d’un vieux monsieur qui pourra l’héberger sans problème. Il se rend à l’adresse dite et le vieux monsieur, juge à la retraite, 80 ans passés, voix fluette, accepte bien volontiers qu’il passe la nuit chez lui et l’invite même au diner qu’il organise avec quelques amis. Traps, après quelques hésitations, accepte l’invitation. L’heure du diner arrive et Traps découvre les invités du juge, tous 80 ans passés eux aussi : un grand sec, à monocle, ancien procureur ; un vieil homme essouflé, bedonnant, aux poches remplies de papiers, ancien avocat ; et enfin un troisième, respirant la joie et la bonhommie. Après un porto délicieux, le vieux juge explique à Traps que tous les soirs, lui et ses amis jouent à reconstituer des procès, imaginaires ou réels, et que si ça ne le dérange pas, il peut jouer le rôle vacant : celui du coupable. Grisés par le porto et l’idée du jeu, Traps accepte. Les mets et les vins fins se succèdent et l’interrogatoire commence…

Oliver Broda est simplement prodigieux. Il incarne les cinq personnages et le narrateur, volant de l’un vers l’autre par des changements d’expression (du visage), de posture, de voix, d’intonation et d’attitude, tel un transformiste. Et l’on est tout de suite pris dans l’histoire, histoire d’un jeu, d’un jeu de piste, car tout innocent que Traps se croit, il a forcément quelque chose à cacher…

Quant à Dominique Brunier, à la fois servante du vieux juge et violoncelliste, elle rehausse la tension dramatique par une ambiance sonore évoquant l’inquiétude et la menace au fil du récit. Bien plus encore, elle ajoute un comique sonore – entre le bruitage de film muet et de dessin animé : elle illustre, par de subtils coups d’archer, les réactions de certains personnages (notamment dans les scènes d’euphorie où les personnages valsent comme les sceaux dans Fantasia). Et ces vieux magistrats deviennent grinçants et tranchants comme leurs questions…

Une adaptation hautement réussie, une synesthésie totale, un vrai moment de théâtre !