février 16

Dans la solitude des champs de coton - ****


de :

mise en scène :

lieu :

horaires : du 3 au 20 février 2016

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Dans la pénombre de la salle, le public est invité à monter sur scène, casque sur les oreilles – seul moyen d’entendre la pièce -, prêt à entrer dans l’intimité de la solitude des champs de coton. Une voix se fait entendre, celle du Dealer :

« Si vous marchez dehors, à cette heure et en ce lieu, c’est que vous désirez quelque chose que vous n’avez pas […] Dites-moi donc, vierge mélancolique, […], dites-moi la chose que vous désirez et que je peux vous fournir, et je vous la fournirai doucement, presque respectueusement, peut-être avec affection… »

A un bout de la corbeille, très peu éclairée, elle entre doucement, sournoisement. Une autre voix se fait entendre, celle du Client, qui sort comme d’une cachète à l’opposé:

« Je ne marche pas en un certain endroit et à une certaine heure ; je marche, tout court, allant d’un point à un autre, pour affaires privées […] ; je ne connais aucun crépuscule ni aucune sorte de désirs et je veux ignorer les accidents de mon parcours. J’allais de cette fenêtre éclairée, derrière moi, là-haut, à cette autre fenêtre éclairée, là-bas devant moi, selon une ligne bien droite qui passe à travers vous parce que vous vous y êtes délibérément placé.»

Et après que le public ait été invité à rejoindre les gradins, s’engage, entre un Dealer prêt à vendre même ce qu’il n’a pas et un Client sans désir, un puissant dialogue – ou peut être devrait-on dire un double monologue-, sur les relations humaines vues sous la forme de transactions commerciales dans lesquelles la monnaie d’échange serait indifféremment l’argent ou l’amitié.

Le Dealer : «Deux hommes qui se croisent n’ont pas d’autre choix que de se frapper, avec la violence de l’ennemi ou la douceur de la fraternité. »

Cherchant sans grande conviction à éviter l’affrontement, le Client et le Dealer dissertent – de manière presque rhétorique – du désir – maitre mot de cette pièce -, de souffrance, de différence, de forces et faiblesses.

Le Client : «Mon désir, s’il en est un, si je vous l’exprimais, brûlerait votre visage, vous ferait retirer les mains avec un cri, et vous vous enfuiriez dans l’obscurité comme un chien qui court si vite qu’on n’en aperçoit pas la queue. »

Le Dealer : « Je ne suis pas là pour donner du plaisir, mais pour combler l’abîme du désir, rappeler le désir, obliger le désir à avoir un nom, le traîner jusqu’à terre, lui donner une forme et un poids […] Mais plus un vendeur est correct, plus l’acheteur est pervers ; tout vendeur cherche à satisfaire un désir qu’il ne connaît pas encore, tandis que l’acheteur soumet toujours son désir à la satisfaction première de pouvoir refuser ce qu’on lui propose »

Ainsi, va le dialogue entre la Cliente, Audrey Bonnet rebelle, emportée et captive de sa souffrance, et le Dealer, Anne Alvaro aux intonations mielleuses et envoutantes. Et tout en voyant errer et se débattre les deux protagonistes, au loin dans l’arche brute du théâtre des Bouffes du Nord, on entend, par le casque, au plus proche de soi, comme venu de l’intérieur, l’écho de leurs âmes torturées, écho savamment complété d’un fond sonore « expérimental » transcrivant – parfois un peu trop – l’angoisse des personnages.

Une mise en scène originale et très théâtrale pour les amateurs de Koltès !

Ecrit le 16 février 2016 dans les catégories À ne pas manquer !, Théâtre contemporain

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