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La Trilogie de la vengeance - ****


Public divisé en trois groupes. Trois salles, trois actes, trois ordres de visionnage. Quasi quatre heures d’un balai de personnages, sur trois générations, autour de secrets de familles. Une histoire centrée sur la place de la femme dans la société et dans la fiction. Une création collective époustouflante et conduite par des flashbacks permanents. Une histoire de femmes tirée d’auteurs tels Shakespeare, Ford, Middleton et Lope de Véga, menée par 7 comédiennes et un comédien, navigant d’une scène à l’autre comme par magie ! Une performance à voir impérativement !

Le théâtre élisabethain à l’heure de #Metoo

Sa Medea l’avait prouvé, ses Trois Sœurs l’auront confirmé : Simon Stone aime les grands rôles de femme et les réécrit pour notre temps avec une singulière acuité. Cette fois-ci, c’est dans un dialogue avec trois grands dramaturges élisabéthains qu’il puisera les matériaux de son travail.

Shakespeare, Middleton ou Ford ont inventé une manière nouvelle de représenter la violence, dont l’influence se fait encore sentir aujourd’hui à la télévision ou au cinéma. Mais du même coup, et en particulier dans leurs “tragédies de la vengeance”, c’est un certain partage des rôles entre masculin et féminin qui est reconduit jusqu’à nos jours. Un partage en vertu duquel les femmes sont traitées en criminelles ou en victimes. Infâmes à moins d’être innocentes. Souvent objets, à peine sujets, quasiment toujours aliénées. Actives, elles sont transgressives : leur volonté d’indépendance est un crime de lèse-majesté patriarcale qui doit être châtié. Et passives, elles sont livrées à l’agression des mâles. Autour d’elles ou en elles rôde le monstrueux.

Le féminin dont ce théâtre porte souvent témoignage est un point aveugle où se nouent les désirs et les angoisses des hommes. La scène élisabéthaine, en exhibant et en exploitant l’horreur d’un tel statut, a joué de la trouble fascination qu’il peut exercer. Stone veut interroger cet héritage, faire l’autopsie de son obscénité, en le mettant à l’épreuve de la voix des femmes. Une troupe presque exclusivement féminine nous guidera dans cette descente aux enfers de la violence misogyne.

« Les voies de la forêt sont vastes et spacieusesEt l’on y trouve plus d’un recoin désertQue la nature a ménagé pour le viol et la vilenie –Traquez, cernez là-bas cette tendre biche,À défaut de paroles, capturez-la de force. »William Shakespeare : Titus Andronicus, acte II, scène 1

Ecrit le 2 avril 2019 dans les catégories À ne pas manquer !, Adaptations, Théâtre contemporain

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