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Le Joueur d’Échecs - ****


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mise en scène :

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horaires : jusqu'au 27/08/2016, à 19h

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« Toute ma vie, les diverses espèces de monomanies, les êtres passionnés par une seule idée m’ont fasciné, car plus quelqu’un se limite, plus il s’approche en réalité de l’infini »

En 1941, sur un paquebot en partance pour Buenos Aires, se trouvent réunis, Czentović (champion du monde d’échecs, personnage aussi arrogant, inculte, borné et niais qu’il est doué pour ce jeu), un autrichien (passionné de psychologie, narrateur de l’histoire) et Monsieur B (un notaire autrichien humble et posé fuyant le régime nazi). Le narrateur, afin d’analyser la personnalité de Czentović, va tenter plusieurs parties d’échecs infructueuses avec celui-ci avant que Monsieur B n’intervienne « par réflexe, dit-il, alors que ça faisait 25 ans qu’il n’avait pas joué », mette en péril l’assurance du champion du monde – devant une assemblée médusée – au point de lui faire déclarer, quelques coups plus tard, « Partie nulle ». Furieux, Czentović réclame une revanche pour le lendemain.

« Vous vous figurez sans doute que je vais maintenant vous parler d’un de ces camps de concentration où furent conduits tant d’Autrichiens restés fidèles à notre vieux pays, et que je vais vous décrire toutes les humiliations et les tortures que j’y souffris. Mais il n’arriva rien de pareil. »

Et le soir même, Monsieur B racontera son histoire au narrateur (venu s’assurer qu’il était bien d’accord pour la partie du lendemain) : notaire autrichien, il fût enfermé dans un hôtel pendant des mois, seul et isolé, pour le faire craquer et qu’il livre des informations à la Gestapo. Or un jour, avant un interrogatoire, il réussit à voler un livre loin de ses espoirs : un recueil de parties d’échec célèbres…

« Autour de moi, c’était le néant, j’y étais tout entier plongé. On m’avait pris ma montre, afin que je ne mesure plus le temps, mon crayon, afin que je ne puisse plus écrire […]. Je ne voyais aucune figure humaine […]. Je n’entendais jamais une voix humaine. Jour et nuit, les yeux, les oreilles, tous les sens ne trouvaient pas le moindre aliment, on restait seul, désespérément seul en face de soi-même, avec son corps et quatre ou cinq objets muets : la table, le lit, la fenêtre, la cuvette. »

Avec pour seul décor une chaise (et quelques points de lumière tel des hublots), André Salzet, costume écru, nous transporte, par ses postures et ses intonations, dans cette histoire haletante au suspense insoutenable et en prise directe avec l’Histoire. Car l’histoire de cette torture psychologique sur Monsieur B est bien le reflet de l’anxiété et du désespoir qu’a provoqué le nazisme sur Stephan Zweig qui s’apprête – ne voyant aucune issue positive – à mettre fin à ses jours quelques mois plus tard.

Zweig par ses mots vifs et André Salvet par son incarnation sans faille nous conduisent sur les chemins de l’égarement de l’esprit qui se voit forcé à la monomanie.

Un grand numéro de comédien !

Ecrit le 20 juillet 2016 dans les catégories À ne pas manquer !, Seul(e) en scène, Théâtre contemporain

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