décembre 3

Un instant - ****


de :

mise en scène :

lieu : ,

horaires : jusqu'au 08/12/2018, à 20h

avec : ,

Un instant. L’instant où resurgit le souvenir. L’instant involontaire où un objet convoque, dans la grande bibliothèque de la mémoire, le souvenir d’un passé lointain tel un livre que l’on a cherché en vain. Instant où la réalité de la mort prend forme, où les disparus revivent dans les souvenirs. Le monde qui nous entoure est virtuel, constitué de notre seule perception.
« Bouleversement de toute ma personne. Dès la première nuit, comme je souffrais d’une crise de fatigue cardiaque, tâchant de dompter ma souffrance, je me baissai avec lenteur et prudence pour me déchausser. Mais à peine eus-je touché le premier bouton de ma bottine, ma poitrine s’enfla, remplie d’une présence inconnue, divine, des sanglots me secouèrent, des larmes ruisselèrent de mes yeux. […] Je venais d’apercevoir, dans ma mémoire, penché sur ma fatigue, le visage tendre, préoccupé et déçu de ma grand-mère, telle qu’elle avait été ce premier soir d’arrivée, le visage de ma grand-mère, non pas de celle que je m’étais étonné et reproché de si peu regretter et qui n’avait d’elle que le nom, mais de ma grand-mère véritable dont, pour la première fois depuis les Champs-Élysées où elle avait eu son attaque, je retrouvais dans un souvenir involontaire et complet la réalité vivante. Cette réalité n’existe pas pour nous tant qu’elle n’a pas été recréée par notre pensée [..] ; et ainsi, dans un désir fou de me précipiter dans ses bras, ce n’était qu’à l’instant […] que je venais d’apprendre qu’elle était morte. »
Sur la scène, des chaises en bois paillées, entassées, rangées, retournées, comme autant de disparus qui ne s’assiéront plus jamais dessus si ce n’est par l’évocation du souvenir. Angoisse de la séparation.
Sur la scène une chambre en hauteur, théâtre des souvenirs d’enfance du narrateur, et où l’écrivain s’enfermera plus tard.
« J’aurais voulu faire constater aux sceptiques que la mort est vraiment une maladie dont on revient. »
Souvenirs d’enfance d’une vieille dame, immigrée du Vietnam, qui arrive en France dans une famille d’accueil. Souvenirs intactes qu’on croyait disparus, qu’un jeune homme vient tirer, au cours de promenades, d’un esprit déclinant. Elle raconte son arrivée en France, sa grand-mère, le goût des plats Vietnamiens… Leur dialogue est peuplé de citations de Proust telles une parole universelle sur la mémoire, l’enfance, l’apparence ou le deuil. Impressionnant parallèle.

Le duo entre Hélène Patarot, complice de Peter Brook, et Camille de La Guillonnière, acteur fétiche de Jean Bellorini, recèle de belles promesses.
D’après À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Écrit entre 1906 et 1922, À la recherche du temps perdu est un récit-fleuve de souvenirs, de l’enfance à l’âge adulte du narrateur, et, en filigrane, une intense réflexion sur la vie. Oeuvre sur la mémoire et le temps, portée par un style unique – une langue ciselée, savante et pourtant limpide –, elle conjugue l’introspection minutieuse d’une conscience et d’un coeur à l’observation acérée d’une société humaine à l’orée des bouleversements du XXe siècle. Des quelque trois mille pages qui la composent, Jean Bellorini et Camille de La Guillonnière conservent les passages de l’enfance de l’auteur auprès de sa mère tant aimée et mettent en lumière la relation tendre et profonde avec la grand-mère, jusqu’à la mort de cette dernière.

Ecrit le 3 décembre 2018 dans les catégories À ne pas manquer !, Adaptations, Madeleines

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